La lune était apparue, perçant les bois de ses rayons pâles

La lune était apparue, perçant les bois de ses rayons pâles alors que le vent soufflait son chant lugubre entre les arbres. Ben le savait : bientôt, les esprits émergeraient des ténèbres, harde de voix et de formes échevelée et chuchotante. Il était maintenant habitué à ces cérémonies nocturnes. Sanglots, gémissements, hoquets, soupirs, tout ce chapelet de sons macabre peuplerait l’obscurité, jusqu’à ce qu’à son tour, la lumière du jour revienne, chasse la lune et qu’enfin tombe le vent. Mais désormais, ces apparitions n’effrayaient plus Ben. Au contraire, ces plaintes puériles l’exaspéraient.

Ma vie est bien pire qu’ont été les leurs, pensait-il non sans rage. Ils s’apitoient sur le fait d’être condamnés, sans peau ni os, à revenir chaque nuit séjourner dans les ruines de leur demeure, à ruminer sur la perte de leur communauté. Quelles foutaises ! N’ont-ils jamais su ce qu’était une assiette vide ? Une rivière gelée pour tout lavabo ? Une cuvette de feuilles mouillées pour tout matelas ? Moi, je suis né sans toit ni personne. Mon épaule n’a jamais connu le poids d’une main fraternelle, mon dos la chaleur réconfortante d’un feu, mes pieds la douceur de la laine. Alors, une bonne fois pour toutes, disparaissez, retournez à vos cadavres et à vos cendres, car, en vérité, vos exils ne sont rien comparé au mien.

Mais les esprits restaient là.

Lundi 18 mai 2020

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