Mois : avril 2020

Harriet était muette

Harriet était muette. Presque muette. Au début de leur mariage, ses silences étaient embarrassants. Au bout de dix ans, ils devenaient déprimants. Henri était marié à une femme qui ne parlait qu’à ses bêtes. Trois chats, deux tortues, et un perroquet, qui, à chaque fois qu’elle lui caressait le bec, criaillait : «Roooo, roooo…. C’est …

Pénélope à sa fenêtre

Au plus profond de moi-même, j’ai toujours su que j’étais l’une ces indécrottables créatures

Au plus profond de moi-même, j’ai toujours su que j’étais l’une ces indécrottables créatures connues sous le nom de Parisiennes. Pourtant, ma présence dans cette cité est due plus au hasard qu’à un dessein délibéré : c’est ma destinée et non mon choix, et, aujourd’hui encore, je considère comme une grande faveur de vivre dans …

6ème semaine de confinement

Un matin, elle remarqua dans le miroir

Un matin, elle remarqua dans le miroir l’apparition de nouvelles rides qui altéraient ses traits. Les premières flétrissures sur son visage l’avaient laissée songeuse et désemparée. Cependant, aujourd’hui, elle en arrivait à penser que le foyer de cette déflagration n’était pas l’affaire de la jeunesse qui s’éloigne, mais des drames, des chagrins, l’absence d’amour ou …

Chafouine

La nouvelle rubrique des carnets littéraires

Cette nouvelle rubrique des carnets littéraires est la manifestation de diverses secousses, brûlures, démangeaisons qui m’agitent de temps à autre. N’y cherchez pas une histoire, ni même une nouvelle, mais plutôt les échos de ces lieux et de ces âmes en apesanteur qui séjournent, flottent, crient, chuchotent tout au-dedans de nous.Bonne lecture !

J’ai posé mon journal sur la table

J’ai posé mon journal sur la table et je me suis dit que le marais qu’est mon esprit, dès qu’il cesse d’être labouré par des rames, ondule lentement comme la mer sous la lumière. Alors cette vie pénible et sans beauté retrouve son éclat, et moi, ma hâte fébrile de profiter du jour à venir. …

Un peintre m’a confié un jour

Un peintre m’a confié un jour que ce qu’il voulait peindre, c’était le soleil sur un mur.Un enfant de cinq ans est capable de faire cela, rétorqua Mademoiselle Jaspon.Sans aucun doute, ajoutai-je, mais parviendra-t-il à révéler la plénitude de l’instant que suscite le soleil sur ce mur ? Voyez-vous, le peintre, c’est aussi celui qui …

Les ateliers ne sont pas le monde réel

Les ateliers ne sont pas le monde réel. Ce sont des lieux à part et étranges, qu’ils appartiennent à une gare désaffectée ou soient un minuscule cagibi au bout d’un couloir d’appartement. Haute tension, résistance, distorsion, fusion, corrosion, dislocation, accumulation, confusion : ces espaces clos sont une somme de flux mouvants, volatiles dont on ne …